Philip Morris au Flon : il n’y a pas de fumée sans feu ?

La population a pu apprendre par la presse que Philip Morris entend ouvrir un établissement public au Flon. Cet établissement, présenté comme un café jeune et branché, fonctionnera comme « vitrine » au lancement sur le marché du nouveau dispositif qui permet d’inhaler de la nicotine sans la brûler. Le Groupe socialiste s’inquiète d’une brèche de la loi dans laquelle semble se faufiler l’entreprise Philip Morris et qui pourrait avoir des conséquences sur la santé de la population et surtout de la jeunesse.

Par la voix de sa députée Fabienne Freymond Cantone, le Parti socialiste vaudois interpelle le Conseil d’Etat sur la manière dont il entend gérer la demande d’ouverture par Philip Morris d’un « flagship store » (= vaisseau amiral) pour la commercialisation de ce que le géant de l’industrie du tabac définit « une nouvelle manière de fumer » : le I-QOS, ou « I Quit Ordinary Smoking » (j’arrête la cigarette classique). Ce dispositif permet d’aspirer de la nicotine sans brûler le tabac, mais en le chauffant, ce qui devrait selon le producteur réduire la nocivité de la nicotine. Cependant, à ce jour il n’existe aucune évaluation indépendante de cette nocivité réduite. Le Groupe socialiste pose donc plusieurs questions au Conseil d’Etat quant à l’ouverture de cet établissement.

 

Tout d’abord, au niveau administratif, Philip Morris annonce un local sans fumoirs. Ce qui signifie que la clientèle pourra utiliser le I-QOS sans sortir ni se rendre dans une salle spécialement conçue pour cette utilisation, comme le veut la Loi sur les Auberges et les Débits de Boissons (LABD). Alors que la non-nocivité de ce dispositif reste à prouver, le Groupe socialiste demande au Conseil d’Etat s’il ne serait pas plus adéquat que sa consommation soit effectuée dans un espace dédié, afin de protéger les personnes alentour. De plus, si ce dispositif en venait à être toléré, comment le différencier des autres types de consommation de tabac pour appliquer la loi à l’ensemble des établissements (par exemple, l’e-cigarette) ?

 

De plus, au niveau politique, le I-QOS n’est pas sensé produire de la fumée. Ainsi, il n’est pas soumis à la loi fédérale contre le tabagisme passif ni à celle cantonale qui interdit de fumer dans les lieux publics. Le Groupe socialiste rappelle que les Vaudoises et les Vaudois ont plébiscité l’interdiction de fumer dans les lieux publics et demande donc au Conseil d’Etat s’il entend modifier la dite loi pour y inclure également la vapeur contenant des substances nocives pour la santé et non seulement la fumée.

 

En outre, au niveau de la santé publique et spécialement de la jeunesse, l’ouverture d’un tel établissement, bien qu’interdit aux mineurs, a pour objectif de fonctionner comme une vitrine pour ce nouveau produit. L’effet de vitrine publicitaire sur l’espace public dans une zone hautement fréquentée, combiné à l’effet retors qu’une interdiction peut avoir sur les jeunes, le Groupe socialiste demande au Conseil d’Etat si le principe de précaution ne devrait pas s’appliquer quant à l’ouverture d’un tel établissement pour éviter d’exposer la population à un produit qui pourrait se révéler nocif pour sa santé.

 

En conclusion, le PSV rappelle que Philip Morris doit ses revenus à la vente d’un produit qui a les conséquences qu’on connait. Le Groupe socialiste demande dès lors au Conseil d’Etat si le principe de précaution devrait s’appliquer quant à la création d’une vitrine pour la commercialisation de ce dispositif.